Michel Labrecque

Deux mois d’émoi

lundi 6 février 2006

Deux mois d’émoi.

Retour sur les élections

Je ne vous ai pas donné de nouvelles depuis mon élection, le 6 novembre dernier, à titre de conseiller ville pour le quartier Mile-End. Je vous avais bien sûr envoyé un petit courriel le dimanche, tard dans la nuit, pour vous dire que nous étions dans l’incertitude des résultats, compte tenu du cafouillage du vote électronique.

En fait, recomptage terminé, c’est moins dans les résultats du décompte qu’il y a eu problème que dans la transmission des données le soir même. Nous n’avons donc pu, ni pleurer, ni nous réjouir. Parents, amis et bénévoles s’en sont retournés avec leur déception.

Ce n’est que le lundi 7 novembre, en fin d’après-midi, que j’ai eu la confirmation des résultats.

J’ai gagné avec un peu plus de 1000 voix d’avance. Dans le Plateau, nous avons gagné 6 des sept sièges. À la mairie d’arrondissement Hélen Fotopulos a fait un très bon score. Le parti de monsieur Bourque, Vision Montréal, arrive troisième. La percée, et c’est dans notre arrondissement qu’elle est la plus forte, est celle de Projet Montréal. Ce n’est pas étonnant puisque, si vous lisez les plates-formes des trois partis, nous avons tous abondamment parlé de diminution et d’apaisement de la circulation automobile. C’est une préoccupation importante des citoyens. J’espère que nous aurons les moyens, la méthode et la ténacité pour agir.

Ce que je retiens de cette campagne… Le plaisir de faire du porte-à-porte. Aucun autre métier ne nous oblige à rencontrer les gens chez eux pour se présenter, mais aussi pour les écouter maugréer ou s’enthousiasmer. En corollaire, il faut frapper à bien des portes pour rencontrer les électeurs puisque la politique municipale n’intéresse pas grand monde.

Ma plus grande surprise fut causée par certaines réactions agressives lors du porte-à-porte. Je savais les politiciens exécrés. Je savais que leur cote avoisinait celles des journalistes (ces partenaires du pas de deux démocratique) et atteignait des creux d’impopularité. J’aurai bientôt 50 ans. Je travaille depuis 30 ans avec, il me semble, honnêteté. Mais dans ce même porte-à-porte qui m’a passionné, il m’est arrivé de me faire claquer la porte au nez et de me faire carrément envoyer promener. J’ai des témoins, puisque plusieurs bénévoles m’ont accompagné. Nous étions toujours un peu abasourdis, mettant cela sur le compte du cynisme ambiant. Mais en rétrospective c’est inquiétant. Le désintérêt est une chose ; le mépris et l’agressivité, c’est tout autre chose. Cela ne laisse rien augurer de bon. Qui acceptera de s’impliquer pour défendre le bien commun si, dès leur élection, les nouveaux conseillers se voient conspuer et leurs actions assimilées au chienlit ?

« Pouvoir ! Pouvoir ! Dis-moi qui est le plus… ? »

Dans un sprint incroyable de trois semaines, les nouveaux élus doivent adopter le budget de leur arrondissement et celui de la Ville. Pour ma part, j’ai reçu le lundi midi 310 pages de détails budgétaires pour une adoption le jeudi suivant. Ouf !

C’est presque farfelu. En d’autre mots, la première année d’un mandat, pour de nouveaux élus, est une année perdue au niveau des décisions budgétaires. On embarque dans un train en marche, et pas question de tirer sur le frein d’urgence. L’administration fonctionne sur le pilote automatique. Tout est attaché. Il n’y a, semble-t-il, pas d’argent pour faire quoi que ce soit de novateur. En fait, c’est extrêmement compliqué de comprendre s’il y a des marges de manœuvre ou, comme dans tout budget, des petites « bajoues d’écureuil », ici et là, que chaque service met en réserve.

Ces premières semaines sont assez près de l’idée que se font les gens de la politique d’arrière-banc pour un nouvel élu. Tout a été décidé ailleurs et avant. Le seul avantage d’être élu est d’avoir l’information générale une semaine avant la population et une heure avant la presse.

J’imagine très bien qu’il en sera autrement l’an prochain puisque nous aurons l’opportunité de collaborer à la construction budgétaire.

Pour ce qui est des fusions et des défusions, du Montréal Un (avant les fusions), du Deux (lors des fusions) et du Trois (à partir du 1er janvier 2006), nous nous sommes payés, et cela se chiffre sans doute en dizaines de millions de dollars, toute une virée organisationnelle. Rappelons-nous que tout au long des mois de novembre et décembre il y avait deux conseils municipaux (2001 et 2005), deux comités exécutifs (2001 et 2005), une nouvelle structure en construction, le Conseil d’agglomération, qui va se réunir avec beaucoup de pouvoir et d’argent, et de nouveaux élus qui devront se réunir autour de la Conférence régionale des élus et du Conseil du Montréal Métropolitain.

Comment tout cela va-t-il fonctionner ? Qui va renvoyer la responsabilité à qui ? Comment vont travailler et agir les représentants des villes défusionnées au Conseil d’agglomération ? Pour tous, ce sera un nouvel apprentissage. Et j’imagine très bien que, s’il y a des dysfonctionnements patents, le législateur, Québec, viendra y mettre de l’ordre d’ici un an ou deux.

Pour ce qui est de mes confrères et consœurs du Conseil municipal, nous sommes nombreux à partager les mêmes convictions sur les questions de transport collectif et actif, sur la place de l’automobile dans la ville, sur les inquiétudes quand à l’étalement urbain et les coûts sociaux que doit supporter le centre d’une ville, sur la sous-dotation des arrondissements, sur le déséquilibre fiscal entre les villes et les gouvernements de Québec et d’Ottawa.

Je dirai même que ces intérêts dépassent très facilement la ligne des partis politiques.

Mais, politique oblige, nous allons nous assurer qu’il n’en transparaisse rien et chacun dénoncera les bonnes idées des autres.

Parlant d’une bonne idée… dénoncée par le chef d’un parti dont les candidats dans le Plateau étaient pour… Je vais vous parler en terminant de la hausse des tarifs des parcomètres dans notre arrondissement.

Pourquoi faut-il augmenter le prix des parcomètres ?

Quelle saga ! Si vous ne le savez pas encore, nous avons décidé, lors de notre première séance du Conseil d’arrondissement sur l’adoption du nouveau budget, d’augmenter le prix des parcomètres dans l’arrondissement Plateau-Mont-Royal, de 50 ¢/h à 2 $/h, comme la loi nous y autorise. Le prix des parcomètres n’avait pas été augmenté depuis 1995. Comparativement aux autres villes du Canada et même à la ville de Québec, le coût des parcomètres est ridiculement bas au centre-ville de Montréal et au Plateau-Mont-Royal.

Dans les anciennes villes comme Outremont, La Salle et Verdun, devenues arrondissements, c’est l’arrondissement qui fixe les tarifs et qui conserve les recettes.

Dans les arrondissements de l’ancienne ville (« les neuf ex » comme disent les fonctionnaires) ce sont les arrondissements qui fixent les tarifs. L’argent est cependant versé au fond consolidé de la ville.

Une contradiction parmi tant d’autres. Mais bon, passons.

Nous trouvions que le moment était opportun. En pleine conférence des Nations Unis sur les changements climatiques, où les gens se demandaient : « Qu’est-ce que l’on peut faire concrètement ? Quel geste peut-on poser personnellement pour diminuer notre production de gaz à effet de serre ? » Nous pensions que cette hausse de tarif enverrait un signal clair.

Il faut que les automobilistes paient le juste coût de leur usage de la rue et de la route, qu’il paient le juste coût de ce que l’on appelle les externalités des pollutions induites par son usage.

La rue appartient à tout le monde. Les citoyens en sont venus à penser que puisqu’ils paient des taxes, la ville doit leur offrir un, deux et maintenant (sur le Plateau) même trois espaces de stationnement gratuit sur la rue. C’est impossible en terme d’espace et c’est inéquitable.

Les revenus supplémentaires de cette hausse auraient été directement investis dans l’élaboration et la mise en place d’un plan de transport pour l’arrondissement Plateau-Mont-Royal, avec le premier PPP du Plateau (Priorité pour les Piétons).

Ma première entrevue médias et politique dans le Journal de Montréal m’a permis de me faire traiter de tous les noms. Dans l’atmosphère ambiante de « ils sont tous pourris ! », je suis instantanément devenu membre de cette espèce qui a la décote nationale : les politiciens.

Rétrospectivement, j’aurais dû répondre que non, nous n’avions pas spécifiquement écrit et dit que nous augmenterions les parcomètres. Bien que, et vous le verrez plus bas, ça fait très longtemps que j’ai écrit (en fait, en 1997 dans mon petit essai sur le concept de Cocktail transport) qu’il fallait absolument récupérer le contrôle sur le stationnement et les parcomètres et en augmenter le tarif.

Pour moi, toute politique de diminution et d’apaisement de la circulation automobile passe par des mesures d’aménagements de la rue et de la route, par des mesures législatives, par des tarifications directes et indirectes des utilisateurs et par une surveillance policière adéquate des règles de sécurité routière.

Mais ce n’est pas parce que c’est écrit que les gens lisent. Et ce n’est pas parce que nous mettons nos idées en ligne sur Internet que les gens se donnent la peine de s’y référer.

Extrait du texte (page 31) sur le concept : Le Cocktail Transport, la solution pour éviter le déclin du transport en commun, ATEC 1997

2. La reprise de contrôle du stationnement

Le stationnement des voitures dans le centre des villes est devenu une science aussi complexe que la physique quantique. L’automobile est comme un électron libre non localisé.

Le Cocktail transport La solution pour freiner le déclin du transport en commun Si on ne fait pas de place aux automobilistes (en fait, à l’automobile), ils en trouvent, ils en squattent, parfois au détriment des trottoirs, des ruelles et de l’espace des résidents. À moins que le banlieusard ne décide de ne plus venir au centre-ville, qu’il vive uniquement en banlieue, y travaille, s’y restaure et y magasine. Si, au contraire, on lui fait une place, en surface, en sous-sol ou en étage, il l’occupe et passe le mot. Se crée alors une réaction en chaîne. On occupe progressivement l’espace, jusqu’à ce qu’il y ait un trop-plein. Le cercle vicieux est sans fin.

Présentement, à Montréal, le renard est responsable du poulailler. Avec la tendance à l’impartition et à la privatisation qui gagne le milieu municipal, la Chambre de commerce a obtenu la responsabilité de la gestion du stationnement. On ne peut reprocher à la Chambre de commerce de chercher à accroître l’offre. Au cours des dernières années, on a créé plus de 10 000 places. L’objectif de rentabilité amène, tout naturellement, à faire en sorte que les espaces de stationnement soient occupés de plus en plus longtemps. Stationnement Montréal, la filiale privée de la Chambre de commerce, a besoin d’augmenter sa clientèle en favorisant l’entrée au centre-ville du plus grand nombre possible d’automobiles. Ce qui, on doit en convenir, est en opposition flagrante avec les objectifs d’augmentation de l’achalandage dans les transports en commun.

Il faut que la gestion de l’offre de stationnement se fasse en relation étroite avec le plan de circulation et dans une perspective de Cocktail transport. Ce n’est pas tant l’idée de privatisation qui est à remettre en question que les objectifs et le paiement des redevances issues des recettes du stationnement urbain. Tout d’abord, la politique de stationnement devrait être étroitement liée aux stratégies à moyen et à long termes de redéploiement du transport en commun et de mise en place du Cocktail transport. Ensuite, la tarification devrait progressivement majorer les coûts directs (out-of-pocket money) imposés à l’automobiliste et ainsi augmenter l’avantage économique des modes de transport en commun et du Cocktail transport. Enfin, un pourcentage des profits devrait servir directement au financement du transport en commun et du Cocktail transport.


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