Mot du conseiller Michel Labrecque (PDU, février 2008)
samedi 16 février 2008 par Michel Labrecque
Il y a un peu plus de 10 ans, je publiais Le cocktail transport 1 , le fruit d’une réflexion sur la place, trop grande à mon avis, qu’occupait l’automobile dans le centre des villes d’Europe et d’Amérique, sur le déclin de la part modale des transports en commun dans ces villes et sur la part congrue que les autorités publiques et politiques faisaient à la marche et au vélo.
Pour concurrencer l’auto-solo, il faut offrir une combinaison de modes de transport souples, confortables, rapides, efficaces qui, une fois mélangés, coûtent moins cher aux usagers, utilisent moins d’énergie fossile et donc polluent moins.
Ce concept offre son plein potentiel et toute sa fougue dans des quartiers centraux comme celui du Plateau-Mont-Royal. C’est ce que vous constaterez à la lecture de ce Portrait et diagnostic.
Les citoyens du Plateau se déplacent différemment des Montréalais en général, et très différemment de ceux de la région métropolitaine, en ce sens qu’ils sont plus piétons, plus cyclistes, plus usagers des transports en commun et membres en plus grand nombre d’une entreprise d’autopartage. Ils possèdent moins d’automobiles par ménage et donc la part modale de ce mode de transport est minoritaire dans l’ensemble des déplacements qu’ils effectuent.
Pourquoi ?
À cause de la trame urbaine de l’arrondissement, de sa proximité avec le centre-ville au sud, de la montagne qui le borde à l’ouest, des voies ferrées, au nord et à l’est, de la densité de son bâti et de sa population, de la mixité de ses rues, avenues et boulevards où l’on retrouve tout à la fois, des résidants, des commerces de proximité, des commerces de destination, des lieux de diffusion artistiques et culturels, des parcs, des centres sportifs et de loisirs, des entreprises de service, des écoles, des universités, des centres hospitaliers, etc.
À cause également du choix personnel de ceux qui y résident et de ceux qui viennent s’y établir pour vivre dans un quartier où tout est sous la main (ou sous le pied). Dans un arrondissement qui jouit, malgré quelques failles, d’une bonne couverture de son territoire par les transports en commun. Dans un arrondissement où de toute façon il n’y a pas et il n’a jamais eu beaucoup de place pour stationner sa ou ses voitures. Dans un quartier doté d’une bonne colonne vertébrale d’axes cyclables.
Toutes ces caractéristiques sont le terreau fertile pour que se développent des habitudes de déplacements multimodaux chez les résidants de l’arrondissement et ceux et celles qui viennent travailler, magasiner, étudier, se récréer, se cultiver, se faire soigner. Vous avez là en quelque sorte avec Le Plateau-Mont-Royal une preuve tangible de l’adage qui dit que si vous offrez un service et mettez en place des aménagements de base pour favoriser les modes de déplacements actifs et collectifs, les gens vont les emprunter. Soit dit en passant, ce n’est pas un hasard si le mouvement cycliste montréalais est né dans Le Plateau.
À cette mobilité singulière, pour ne pas dire exemplaire (bien que perfectible) de nos concitoyens s’oppose une croissance constante de la circulation automobile dans nos ruelles, nos rues, nos boulevards et nos avenues. Ironiquement, comme tous ceux et celles qui choisissent d’habiter dans le centre des villes, les résidants du Plateau « subissent » cette croissance de la circulation automobile de transit et de destination.
En conséquence, il y a trop d’autos et elles roulent trop vite. Et cela entraîne une dégradation de notre qualité de vie par les multiples pollutions qu’elles génèrent et par l’insécurité routière qu’elles induisent.
Reportons nous au début des années 1970. À peine 25 ans après la Deuxième Guerre mondiale, l’Occident se motorise à la vitesse grand V. Georges Pompidou, alors président de la France, déclare qu’il faut adapter la ville à l’automobile. Montréal n’échappe pas à cette soi-disant adaptation.
Quarante ans plus tard, on voit bien au détriment de qui elle s’est faite.
Avec le dépôt du Portrait et diagnostic des déplacements commence le long processus de réappropriation de notre arrondissement.
Nous prioriserons les déplacements à pied et à vélo ainsi que les déplacements en transports collectifs compris dans un sens large (covoiturage, autopartage, taxi, etc.), ce qui entraînera une diminution tant du nombre d’automobiles qui circulent dans notre arrondissement que de leur vitesse.
Pour reprendre les mots du maire de Montréal : « L’automobile a une place dans la ville mais elle n’a plus toute la place ».
Le Portrait et diagnostic des déplacements est le résultat d’un travail minutieux. Il était nécessaire.
Pour mesurer les résultats des actions qui seront proposées dans le Plan de déplacement urbain, il fallait bien connaître notre point de départ. Les données de cet « état des lieux » sont essentielles à la suite du travail que nous entreprendrons avec nos concitoyens au cours des prochains mois et des prochaines années.
Vos appuis, commentaires et suggestions ainsi que votre engagement seront essentiels pour que ce premier PDU du Plateau-Mont-Royal donne les résultats escomptés.
Michel Labrecque
Conseiller de la Ville du district du Mile End
Responsable du Plan de déplacement urbain du Plateau-Mont-Royal
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